Ken Vandermark & Paal Nilssen-Love / Piak

Ken Vandermark & Paal Nilssen-Love / Piak
Ken Vandermark & Paal Nilssen-Love / Piak | Jazz Magazine

Ken Vandermark & Paal Nilssen-Love / Piak

Ce soir à Toulouse, Dianne Reeves assurait la conclusion du festival Jazz sur son 31, à la prestigieuse Halle aux Grains. L’association Un Pavé dans le Jazz proposait aux spectateurs les plus audacieux une alternative vivifiante avec le duo du Chicagoan Ken Vandermark et du Moldensen (de Molde, c’est en Norvège) Paal Nilssen-Love, avec en première partie un trio du terroir.

Un Pavé dans le Jazz / Théâtre du Pavé, Toulouse, 26 octobre 2013

Piak, ce sont Florian Nastorg et Julien Gineste aux saxophones et Bertrand Fraysse à la batterie. Ce soir du moins, car sous ce nom de scène plusieurs incarnations sont envisageables selon l’humeur, et notamment la présence occasionnelle de synthétiseurs analogiques et autres machineries électroniques vintage. Gineste revêt un t-shirt à l’effigie de Last Exit, quartette musclé dans lequel officiaient dans les années 80 Peter Brötzmann, Bill Laswell, Sonny Sharrock et le batteur Ronald Shannon Jackson, disparu ce 19 octobre. Sans doute un hommage à ce grand musicien, en même temps qu’une indication de l’une des influences d’un groupe également branché sur l’esthétique des deux terreurs qui vont leur succéder une heure plus tard. Les saxophones se mêlent tels des bois de cerfs en bagarre, le batteur faisant alterner rythmiques martiales avec une occupation foisonnante de l’espace sonore, du cliquetis au fracas et vice-versa. Quelques jours auparavant, un Nastorg décidément très actif était de l’expérience off-Bridge de la Porte de la Fontaine, en bonne compagnie (Douglas Ewart, Jean-Luc Cappozzo, Famoudou Don Moye, Michael Zerang, Sébastien Cirotteau, Heddy Boubaker, Walkind Rodriguez, Piero Pepin). Tout n’est pas inoubliable, mais la démarche est honnête. Les saxophonistes ont une belle sonorité – granuleuse, assertive, personnelle – et l’adéquation entre les objectifs et le résultat fonctionne par intermittence.

Le duo du clarinettiste et saxophoniste Ken Vandermark (Spaceways Inc., The Vandermark 5, Made to Break, Sonore…) et du batteur Paal Nilssen-Love (Zu, The Thing, Atomic, Lean Left, Offonoff…) existe depuis 10 ans, a enregistré plusieurs albums et donné d’innombrables concerts, avec pour objectif permanent de se surprendre et de surprendre leur public, d’emmener la musique toujours plus avant, via l’improvisation et en mettant à profit des pistes de travail qu’ils se donnent au préalable (recherches rythmiques et mélodiques). 

Cette musique entraîne le spectateur sur ses ailes pour un grand et vertigineux voyage, sans jamais le lâcher, et le mène à bon port, pantelant, abasourdi, enchanté. C’est d’autant plus remarquable que cela s’est déroulé dans un contexte de fatigue intense pour les deux comparses, qui sillonnent l’Europe dans tous les sens, alternant retrouvailles en duo et implication dans d’autres formations, et n’avaient pas fermé l’œil la nuit précédente pour cause de turpitudes aéroportuaires. Le son est imposant, le geste est sûr et le propos éloquent. Si l’on est en droit d’être impressionné par leur métier, l’important est qu’il soit mis au service d’idées limpides, bien articulées, enchaînées avec simplicité, sur le fil d’une inspiration qui semble les avoir à la bonne. Le talent, ma bonne dame. Des musiciens de cette trempe, on n’en entend pas tous les jours.

 

Prochainement : Vincent Peirani (accordéon solo) au Lieu Commun, le 7 novembre 2013.

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