Le bourdon du caméléon

Le bourdon du caméléon

Le bourdon du caméléon | Jazz Magazine

Le bourdon du caméléon

Fruit de la rencontre de Frederick Galiay et Jean-Sébastien Mariage, Chamæleo Vulgaris existe depuis plus de vingt ans. Le groupe a connu plusieurs incarnations au fil du temps. Les acolytes électriques ont parallèlement animé, ensemble ou séparément, de nombreuses formations. Programmé par l’association « Un Pavé dans le Jazz », Chameleo Vulgaris, redevenu duo comme à son origine, a entraîné les toulousains aventureux dans un captivant périple.


Chamæleo Vulgaris


Espace d’Art Contemporain Lieu Commun, Toulouse, mardi 7 avril 2015.

 

Frederick Galiay (elb), Jean-Sébastien Mariage (elg).

 

Le public est invité à s’installer à proximité et à l’entour des guitaristes (qui se font face, l’un assis, l’autre debout). Les circulations ne sont pas proscrites – ni d’ailleurs explicitement recommandées, mais des déambulations de spectateurs surviennent spontanément, l’arpentage de différents angles de la galerie permettant d’apprécier les nuances acoustiques de drones ciselés en temps réel. Nombreux aussi sont ceux qui ferment les yeux, artistes inclus, pour mieux s’immerger dans ce voyage vers les profondeurs du son, qui exploite et explore les caractéristiques d’un lieu dont les résonances, vibrations, densités, ont été dûment apprivoisées lors des balances.


L’entrée en matière et les développements initiaux se signalent par leur mesure. Après un passage pouvant évoquer, sans leur ressembler, les approches distinctes de Fred Frith (pour l’aspect improvisé et les techniques employées) et Pierre Schaeffer (pour des passages proches de la musique concrète), des basses vibrantes viennent s’adresser à tous les organes de l’assistance. Le duo évite avec bonheur la grandiloquence comme la surenchère. Les cordes se voient caressées à l’aide d’archets, tapotées, titillées, fouaillées enfin de divers objets, avec délicatesse et détermination, et un sens de la progression plutôt que de la rupture. Point d’effets-chocs, mais une recherche de l’adéquate distillation du propos dans la durée, sans chute d’intensité. On navigue ainsi des portes du silence à une saturation délibérée de l’atmosphère.


Ce n’est à vrai dire qu’après plusieurs dizaines de minutes (qui semblent ne durer qu’un instant) que les instruments se mettent à vrombir, rugir, éprouver les matériaux, l’architecture du bâtiment, et la perception des auditeurs, sans toutefois verser dans des excès incommodants. On est partagé entre le désir de suivre le geste musical des yeux, afin de percevoir la source de sons en mutation permanente, et l’envie de se laisser absorber par les vagues sculptées en direct par quatre mains expertes. Crépitations, grésillements, palpitations, aspérités, rumeurs et tumulte sont ici intégrés à une trajectoire aussi séduisante qu’imprévisible.

 

David Cristol


Le site inversus-doxa.fr donne un aperçu de l’éventail des projets de Galiay et Mariage.


A écouter : « Pearls of Swine » (Gazul Records / Musea), avec Frédérick Galiay, Sarah Murcia, Gilles Coronado et Franck Vaillant, autour de la poésie d’Edgar Allan Poe.  Chronique dans
Jazz Magazine n°662.

 

La saison « Un Pavé dans le Jazz » se poursuivra le jeudi 7 mai au théâtre du Hangar à Toulouse, avec un double programme : Alambic (Dominique Regef, Hélène Sage, Raphaël Sibertin-Blanc), et le duo d’Audrey Chen et Jean-Yves Evrard.

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